Rapport ANSES : évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage
En décembre 2025, l’ANSES (Agence Nationale française de Sécurité Sanitaire) a publié un rapport sur les risques liés au vapotage.
Ce document particulièrement complet (plus de 700 pages) a été analysé par Adrien Meunier, infirmier clinicien tabacologue et membre du comité scientifique du FARES. Après en avoir fait une lecture approfondie, il en propose ici une synthèse claire et accessible.
Résumé du rapport de l’Anses – par Adrien Meunier
Le vapotage repose sur le chauffage d’un liquide sans combustion. Compte tenu de la forte croissance de cet usage, l’Anses a réalisé une évaluation spécifique des risques sanitaires liés au vapotage.
Cette expertise combine deux approches :
- La première approche consiste en une évaluation des effets sanitaires de nature respiratoire, cardiovasculaire, cancérogène liés à l’utilisation du vapotage à partir d’une analyse de la littérature scientifique. 2543 études ont été identifiées et 80 études ont été retenues. Ces études couvrent la période de 2017 à 2024 (28 études pour les effets cardiovasculaires, 27 études pour les effets respiratoires et 25 études pour les effets cancérogènes). Pour la période antérieure à 2017, les travaux et conclusions du rapport du National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (NASEM) ont été consultés.
- La seconde approche concerne l’évaluation quantitative des risques sanitaires liés à la pratique du vapotage et plus particulièrement à l’exposition aux aldéhydes présents dans l’aérosol inhalé lors du vapotage, à partir d’une caractérisation des dangers de ces aérosols et d’une estimation des expositions.
Des conclusions et recommandations ont ensuite été élaborées.
Evaluation des effets sanitaires liés à l’utilisation des produits de vapotage
Le rapport évalue le poids des preuves concernant la probabilité de survenue d’effets néfastes chez l’humain en lien avec l’utilisation de la cigarette électronique.
L’Agence conclut notamment à :
- la survenue probable d’effets cardiovasculaires (augmentation de la pression artérielle, augmentation de la fréquence cardiaque,…) lorsque le e-liquide contient de la nicotine ;
- la survenue possible d’effets sur les voies respiratoires et la cancérogenèse, que le e-liquide contienne ou non de la nicotine.
Concernant les effets respiratoires : La question de la bronchopneumopathie chronique obstructive ou BPCO est plus complexe, car il s’agit d’une maladie chronique nécessitant une longue durée d’exposition à un ou plusieurs facteurs de risque. Certaines études suggèrent une association possible entre l’usage quotidien de la cigarette électronique et la survenue d’une BPCO, mais elles présentent plusieurs limites. D’une part, les études incluent souvent des populations dont l’historique tabagique est mal caractérisé, rendant incertaine l’attribution spécifique au vapotage. D’autre part, les durées d’exposition aux émissions de cigarette électronique rapportées dans ces études sont inférieures à cinq ans. À noter que la BPCO se manifeste généralement au-delà d’une décennie d’exposition, avec une consommation tabagique cumulée souvent supérieure à 20 paquets/année.
Malgré ces limites, certaines études in vivo mettent en évidence des marqueurs précoces compatibles avec les mécanismes physiopathologiques impliqués dans la BPCO, ce qui justifie un niveau de preuve qualifié de « possible ». Toutefois, l’absence d’études longitudinales des sujets n’ayant jamais fumé rend difficile toute conclusion spécifique à l’exposition au vapotage.
Concernant les effets cancérogènes : aucune étude menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence le développement de tumeurs. En revanche, plusieurs travaux expérimentaux chez l’animal, ainsi que quelques études chez l’humain montrent la survenue possible de modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse.
Il convient toutefois de souligner que, dans le cadre de ces travaux, les observations ne permettent ni de prédire la survenue d’un cancer, ni d’établir un lien de causalité.
En effet, le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel. Les données actuelles obtenues chez l’humain, issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées (quelques mois à quelques années dans les études examinées), ne permettent pas d’évaluer ce risque. Pour rappel, l’apparition de la cigarette électronique est récente (15 ans au maximum).
En conclusion, pour :
- le tabac fumé : les effets sanitaires sont à la fois graves, avérés et très documentés.
- le vapotage : l’analyse des études scientifiques disponibles montre que le vapotage est associé à des effets sanitaires possibles à moyen et long termes.
Les connaissances actuelles permettent de conclure que les effets associés à l’usage de la cigarette électronique ne sont pas d’une gravité équivalente à ceux provoqués par le tabac (effets nocifs inférieurs à ceux associés au tabagisme).
A noter que le vapotage est un comportement relativement récent, si bien que l’évaluation du risque sanitaire lié à une telle pratique souffre d’un recul insuffisant.
L’absence actuelle de maladies chroniques avérées chez les vapoteurs n’ayant jamais fumé, pourrait ainsi être liée à ce manque de recul plutôt qu’à une réelle innocuité.
De plus, l’analyse des risques liés au vapotage se heurte à plusieurs limites méthodologiques :
- les vapoteurs sont des anciens fumeurs ou vapo-fumeurs. En France, 98% des vapoteurs adultes sont fumeurs ou anciens fumeurs (Anses 2022) ;
- il existe des centaines de modèles différents d’E-cigarettes, d’ E-liquides, et d’arômes ;….
Enfin, les études expérimentales de toxicité (in vitro et in vivo) présentent certaines limites spécifiques, notamment la difficulté de transposer les résultats des modèles animaux à l’humain.
Evaluation quantitative des risques sanitaires liés à l’exposition aux aldéhydes
L’évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS) liés à l’exposition aux aldéhydes, afin de déterminer, dans un contexte d’exposition chronique par inhalation, si les niveaux observés peuvent présenter ou non un risque pour le vapoteur.
Les risques liés à l’exposition aux aldéhydes ne peuvent être exclus dans le cas du vapotage, notamment pour ceux qui vapotent beaucoup.
L’exposition aux aldéhydes dépend :
du matériel utilisé (Box mod / pod) ;
- du E-liquide utilisé (attention aux arômes sucrés) ;
- de l’entretien des résistances ;
- du taux de nicotine utilisé,…
Il est intéressant de remarquer que 54% des vapoteurs utilisent des e-cigarettes Box mod (qui produisent plus d’aldéhydes) avec des taux de nicotine entre 1 et 6 mg de nicotine/ml, ce qui entraîne d’une part des consommations moyennes/jour importantes de liquide (4,2 ml/jour) et d’autre part une exposition plus importante aux aldéhydes2.
Cependant, le vapotage conduit toujours à une forte réduction de l’exposition aux aldéhydes par rapport à la cigarette fumée.
Afin de réduire cette exposition, l’Agence :
- recommande de mieux informer les consommateurs sur les risques associés à leurs pratiques ;
- rappelle la responsabilité des fabricants sur la sécurité des dispositifs et des liquides à vapoter ;
- soutient le renforcement d’un encadrement des ingrédients, en introduisant des restrictions d’usage ou en interdisant ceux présentant un risque sanitaire.
Conclusions et recommandations
En l’état des connaissances actuelles, les risques sanitaires liés au vapotage ne dépassent, ni en gravité ni en niveau de preuve, ceux observés pour le tabac fumé ; l’absence de combustion reste l’avantage majeur du vapotage.
- Pour les non-fumeurs et les jeunes : ne jamais vapoter, éviter toute forme de banalisation, sensibiliser les jeunes et diminuer l’attractivité des produits. L‘agence conclut que l’utilisation de la cigarette électronique n’est pas sans risque pour les jeunes et les non-fumeurs qui ne devraient pas être incités à commencer à vapoter.
- Pour les fumeurs : la cigarette électronique peut être une solution alternative transitoire et doit s’inscrire dans une démarche de sevrage tabagique en usage exclusif, et en complément des dispositifs d’accompagnement existants.
- Pour la femme enceinte : privilégier l’arrêt complet de la cigarette fumée avec un accompagnement par un professionnel de santé et des traitements de substitution nicotinique traditionnels, sans utiliser la cigarette électronique. Les risques du vapotage sur la descendance pourraient être possible même s’ils seraient moindres que ceux du tabac fumé.
- Pour les professionnels de santé : informations et formations nécessaires sur les risques et bénéfices liés aux vapotage et sur les modalités d’usage de l’e-cigarette dans le cadre d’un sevrage tabagique.
Un résumé d’Adrien Meunier, infirmier clinicien tabacologue et membre du Comité Scientifique au FARES.